Le jeu vidéo, parent (très) pauvre du doublage

Autant poser d’emblée le décor : je suis une vilaine raclure d’intégriste atrocement réfractaire aux doublages, voilà c’est dit. Autant que je m’en souvienne, j’ai toujours eu en horreur les affreuses localisations françaises, que soit au cinéma, à la télévision et évidemment dans le jeu vidéo (mais celle là vous l’aviez venu venir), mais le cas de ce dernier est encore plus problématique. Parent pauvre de la localisation, le jeu vidéo subit depuis trop longtemps les affres d’une adaptation généralement pondue dans l’urgence et enregistrée à l’arrache, avec des comédiens on ne peut plus détachés et surtout pressés de passer à la suite. Si l’on ajoute à ce sombre tableau une absence totale de direction artistique, comment imaginer obtenir autre chose qu’une version insipide et à oublier le plus vite possible ? Evidemment, les exceptions existent (j’aurai envie de citer pêle-mêle Psychonauts, Metal Gear Solid, et dans un tout autre registre Wario Ware Smooth Moves…) mais la faiblesse de leur nombre ne compense en rien l’écrasante majorité des VF à la ramasse.

Bien heureusement, les nouvelles consoles permettent désormais de choisir entre une variété conséquente de langues, quitte à changer directement celle de la console. Malheureusement, nos galettes européennes ne proposent pas encore systématiquement la version audio originale (et je ne pourrai m’empêcher de glisser un mot sur la sortie de Blue Dragon en France, ou la version originale japonaise présente dans les versions envoyées à la presse avait été supprimée pour remplacée par… la version italienne !), ce qui me paraît quand même assez hallucinant en 2011. Pourquoi supprimer délibérément la possibilité pour le joueur de profiter pleinement d’une prestation de qualité, avec des acteurs impliqués, ayant préparé leur personnage ? Pourquoi, je vous le demande ? Je ne suis pas persuadé que Portal (et sa suite) aurait eu le même effet atomique sur mon esprit sans l’incroyable prestation d’Ellen McLain qui assure mine de rien à elle seule l’intégralité de la narration et donne cette ambiance absolument unique au jeu de Valve.

L’aspect le plus “comique” et qui confère presque une touche artisanale aux doublages français reste la désagréable impression d’entendre encore et encore la même sempiternelle dizaine de voix caricaturales sur la quasi-totalité des doublages. Nous retrouvons pêle-mêle : le gros bouquin écervelé à la Schwarzenegger, le vieillard à côté de ses pompes, l’abruti de service un poil névrosé, j’en passe et des meilleurs… A croire que la même équipe qui double la plupart des dessins animés diffusé aux aurores pour les enfants fait des heures supplémentaires pour boucler ses fins de mois, et c’est bien le jeu vidéo qui en fait les frais.

Je ne prétends pas connaître de l’intérieur le milieu de la localisation et celui du doublage en particulier, je m’insurge simplement contre la récurrence inexplicable d’une apparente volonté de bâcler un travail qui méritait un peu plus de considération. Après, il est évident que quand on voit qu’une saison entière de The Simpsons ne nécessite que deux minuscules semaines de doublage pour sa version française contre une semaine par épisode pour la version originale, il ne faut pas s’attendre à mieux pour le jeu vidéo. Alors que l’on met en avant les “poids lourds” du cinéma français pour les doublages des plus grosses productions animées venues d’Outre-Atlantique, pourquoi ne pas tenter d’instaurer la même démarche pour les productions susceptibles d’être les plus vendues ? La France ne manque pourtant pas de voice actors de talent, du fabuleux Richard Darbois en passant par les regrettés Jean Yanne et Claude Piéplu, je reste persuadé que si l’on s’en donnait les moyens nous pourrions proposer aux joueurs de l’hexagone autre chose qu’une production low cost de bas étage.

Et pourtant, il a suffit d’un billet posté par camite pour me rendre compte qu’il pouvait quand même y avoir des gens talentueux, consciencieux et par-dessus tout passionnés qui travaillaient en amont à la traduction méticuleuse des textes. J’ai trouvé ce témoignage particulièrement poignant, car il illustre la désillusion d’un traducteur face à la réception de son travail sur lequel il n’a plus aucun contrôle une fois le script rendu. Alors je me dis que tout n’est pas perdu, peut-être auront un jour (si possible dans un futur pas très éloigné et dans notre propre galaxie) le droit de bénéficier de la considération que ce média mérite. Par contre, quand je lis dans Consoles + (oui, le groupe de presse dans lequel j’officie bénéficie d’un abonnement gratuit à cette ancienne gloire des années 1990 et il se trouve que je suis le seul lecteur intéressé…) que l’absence de voix françaises dans L.A. Noire est un point négatif, je manque de m’étouffer tant le travail d’acteur et de motion scanning semble balayé d’un revers de la main ! Au vu du nombre astronomique de dialogues et d’une synchronisation labiale encore jamais vue dans un jeu vidéo, je n’ose imaginer la déperdition qualitative à laquelle nous aurions eu droit ! A bon entendeur.  

Notes

  1. thepurplemonkeydishwasher posted this